07 août 2003 - Le Soir - Vies de château (4/6)

Chambres d'hôtes à Tihange

Henri Davidts

D'innombrables pièces, un parc, un domaine de cinq hectares : entretenir un château impose bien des sacrifices.
Photo Jean-Claude Dessart
I
l cherchait une ferme, ce fut un château. Il voulait un domaine assez vaste pour faire de l'équitation, il ne monte plus qu'une fois par an, tout occupé à clouer, visser, peintre, plâtrer, à faire le siège de cette citadelle hutoise que ses amis lui disaient imprenable. C'est un challenge, admet Henri Davidts. Je me suis juré de remettre ce château en état et j'y arriverai. Avec son épouse, ils cherchaient donc de verts pâturages où laisser courir les chevaux ; une annonce immobilière, son coup de cœur à lui, ses réticences à elle, de brèves négociations et voici les déménageurs qui investissent le château. Nous habitions Soumagne, nous finissions les travaux, je ne voulais pas remettre ça, sourit-elle. J'ai 47 ans, il en a 50, est-ce un âge pour se lancer dans de pareils chantiers, pour tout recommencer ? Lui feint d'être désolé, il confesse que oui, il ne fait plus que ça depuis trois ans, que oui, il a la passion des vieilles pierres, que non, entre son commerce, les bricolages, les plafonnages, la tonte des pelouses, il n'a plus pris de vacances, de congés, de week-ends. Enthousiaste, Henri balaye du regard le domaine de cinq hectares, la galerie à l'italienne, les plafonds à la française, les écuries, les blasons, les cheminées. Nous habitons le château mais nous ne sommes propriétaires que d'une partie du domaine. Quand nous sommes arrivés, il a fallu camper, se souvient-il. Rapidement, il raconte les kilos de peintures, les kilomètres de câble électriques, les jours, les semaines, les mois passés à peindre, encastrer, cirer, lustrer. Un travail considérable, des dépenses formidables : Regardez ces vitraux, continue-t-il en pointant deux séries de quatre petites vitres, de part et d'autre de la galerie du rez-de-chaussée. J'ai demandé à un artisan qu'il me les refasse à l'identique, ça va nous coûter deux mille euros. Quand on répare quelque chose, il faut débourser trois ou quatre fois plus que pour une maison… Ils l'ont compris depuis le premier jour, habiter un château n'a rien de la vie de château. Mais c'est sans regret. C'est un endroit tellement agréable et apaisant, insistent-ils. Tellement grand aussi, mais pas trop semble-t-il : On s'y habitue vite. Les proportions sont agréables, les pièces ne sont pas trop nombreuses, le bâtiment n'est pas oppressant, on ne s'y sent pas perdu. Et l'aile qui demeure inoccupée est en passe d'accueillir trois chambres d'hôtes, les travaux seront bientôt terminés, les premiers invités sont attendus au printemps. Propriétaires d'un des plus beaux biens de la région hutoise, les Davidts ne se sentent pas pour autant châtelains. Nous aimons le bâtiment pour ce qu'il représente, pour ses vieilles pierres, pour son histoire, ce n'est sûrement pas un caprice de nouveau riche. Nous ne prenons pas de vacances, nous n'avons pas de grosse voiture, tout notre temps et tout notre argent vont à la restauration du bâtiment. Et quand on nous demande notre adresse, nous restons vagues. Nos deux filles, elles, étaient carrément furieuses lorsque nous avons déménagé. Elles ne voulaient pas dire à leur copine où elles vivaient, personne n'était au courant et si quelqu'un voulait les ramener à la maison, elles demandaient à être déposées quelques centaines de mètres en contrebas.

Joël Matriche

L'ancien domaine des Templiers

D
e l'édifice original, attribué aux Templiers, il ne reste rien. Le château actuel fut construit en 1588 par Alberto Audace, un médecin venu du Piedmont avec sa famille. Après avoir connu maints propriétaires, dont le frère d'Alberto Audace puis le Lombard Simon Tournel, le château devient la propriété de la famille Hecking, qui procède à de nombreuses transformations. Dominé par une tour de plan carré et une autre tour de cinq niveaux, coiffée celle-là d'une flèche d'ardoises, le château de Bonne-Espérance se distingue surtout par sa façade sud, en briques du XVIe siècle et dont les oculi ont été remplacés par des fenêtres mosanes. Une galerie de sept arcades, aujourd'hui vitrée, et un parc doté d'un étang enrichissent cette même façade. Particularité : une des tours abritait autrefois une importante réserve d'eau potable. L'eau du ruisseau était canalisée puis mise sous pression par une pompe à bélier, elle remplissait ce château d'eau, explique le propriétaire. Des écuries, des remises et une ancienne conciergerie bordent encore le château.

Jo. Ma.